Decapitation in Rats: Latency to Unconsciousness and the ‘Wave of Death’

The question whether decapitation is a humane method of euthanasia in awake animals is being debated. To gather arguments in this debate, obsolete rats were decapitated while recording the EEG, both of awake rats and of anesthetized rats. Following decapitation a fast and global loss of power of the EEG was observed; the power in the 13–100 Hz frequency band, expressing cognitive activity, decreased according to an exponential decay function to half the initial value within 4 seconds. Whereas the pre-decapitation EEG of the anesthetized animals showed a burst suppression pattern quite different from the awake animals, the power in the postdecapitation EEG did not differ between the two groups. This might indicate that either the power of the EEG does not correlate well with consciousness or that consciousness is briefly regained in the anesthetized group after decapitation. Remarkably, after 50 seconds (awake group) or 80 seconds (anesthetized group) following decapitation, a high amplitude slow wave was observed. The EEG before this wave had more power than the signal after the wave. This wave might be due to a simultaneous massive loss of membrane potentials of the neurons. Still functioning ion channels, which keep the membrane potential intact before the wave, might explain the observed power difference. Two conclusions were drawn from this experiment. It is likely that consciousness vanishes within seconds after decapitation, implying that decapitation is a quick and not an inhumane method of euthanasia. It seems that the massive wave which can be recorded approximately one minute after decapitation reflects the ultimate border between life and death. This observation might have implications in the discussions on the appropriate time for organ donation.

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L’approche systématique de la souffrance: Un entretien avec Robert Daoust

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L’algonomie est le nom d’une discipline pour l’étude systématique de la souffrance, proposée par Robert Daoust. L’Alliance Algosphère, lancée par Robert et d’autres en 2011, est un réseau mondial ouvert et transparent d’individus et d’organisations, dédié à l’allègement de la souffrance.

 

Sentience Research: Vous êtes l’un des fondateurs d’Algosphère. Comment l’organisation a-t-elle débuté et quels étaient ses principes fondateurs?

Robert Daoust: À ma grande surprise, je me suis rendu compte en 1975 qu’il n’y avait pas de place centrale où aller dans notre culture pour s’occuper du phénomène de la souffrance lui-même, dans toute sa variété ou tous ses aspects. J’ai alors proposé la création d’une discipline théorique et d’une entreprise pratique. Dans les décennies suivantes, j’ai constaté que les gens en général avaient de la sympathie pour ma proposition, mais personne ne s’est impliqué avec moi jusqu’en 2011, quand Jean-Christophe Lurenbaum m’a contacté, à la suggestion de David Pearce. Jean-Christophe a eu lui aussi dans les années 70 l’idée d’organiser l’allègement de la souffrance dans le monde. C’est dans ce but, délibérément, qu’il est allé étudier en économie publique et qu’il a ensuite choisi de travailler comme secrétaire à la stratégie dans la plus grande entreprise publique française avant de prendre une retraite anticipée, de retourner à l’université et d’écrire un livre résumant ses idées. Les miennes ont été résumées dans un document de 1986 intitulé L’organisation générale contre les maux.

Grâce à la grande expertise de Jean-Christophe, l’Alliance Algosphère a été lancée en 2013. Il s’agit d’une institution unique en son genre, ouverte à tous ceux pour qui l’allègement de la souffrance est une priorité. Elle n’est officiellement enregistrée dans aucune juridiction (elle est libre de toute autorité extérieure), elle n’a aucune structure de pouvoir (pas de place pour l’ego ou le power trip), pas d’argent (pas de contrôle par les plus riches), aucune obligation imposée aux participants (contribuez comme vous le souhaitez) et elle est conçue pour fonctionner lentement, méthodiquement, pendant des siècles, pour des changements à très grande échelle davantage que dans la chaleur de chaque urgence passagère. Elle n’agit pas elle-même directement pour alléger la souffrance, mais plutôt par l’intermédiaire de ses alliés, chacun dans son domaine d’intérêt particulier.

 

Sentience Research: Quelle est la principale caractéristique de l’Algosphère qui la distingue des autres projets?

Robert Daoust: L’Alliance propose une convergence des forces au niveau le plus abstrait de généralité afin de pouvoir rassembler les divers acteurs s’occupant de l’allégement de la souffrance – et ce niveau le plus abstrait procure, à mon avis, le plus puissant effet concret dans la pratique parce qu’il simplifie radicalement l’approche de la souffrance. Pour le dire plus clairement peut-être, vous et moi avons chacun nos propres causes mais nous pouvons entrer en synergie en prenant ensemble des décisions mutuellement avantageuses, et nous pouvons tous faire cela collectivement grâce au lieu de rencontre offert par l’Alliance, l’Agora. L’Agora fonctionne comme un outil de démocratie directe à l’échelle mondiale, un processus de décision décentralisé et transparent qui repose sur le consentement, c’est-à-dire l’agrément, c’est-à-dire la non-souffrance.

 

Sentience Research: Que s’est-il passé avant cela? Dans vos Notes biographiques, on peut lire les pensées déprimantes de l’adolescent Robert sur la souffrance: “Les souffrances extrêmes subies par d’innombrables êtres dans leur marche à travers la vie m’apparaissent comme une désespérante persécution perpétrée par des forces inhumaines qu’il faut absolument vaincre.” Cela a-t-il changé avec le temps? Comment ressentez-vous personnellement et évaluez-vous globalement la souffrance dans le monde?

Robert Daoust: Quelle est l’ampleur de la souffrance? Personnellement, ma mère est morte quand j’avais deux ans et demi, mais j’ai réalisé seulement récemment que c’était, pour de vrai, une tragédie douloureuse. Je veux dire… cela a rendu ma vie, et plusieurs autres vies aussi, compliquée et pleine d’épreuves, mais cette mort ne m’a jamais été douloureuse. J’ai pour la première fois été confronté à la souffrance excessive quand j’ai été atteint par plusieurs maladies infantiles courantes à l’époque, et dès l’âge de dix ans, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour éviter la douleur physique. De même, à la fin de la vingtaine, j’ai progressivement appris à éviter les souffrances psychologiques dues à des causes telles que la dépression ou la frustration sexuelle. Par la suite, j’ai surtout été heureux. Quoi qu’il en soit, je ne vois pas très bien comment quelqu’un peut évaluer la quantité de souffrance qui se produit en soi, et encore moins dans le monde entier. Nous avons besoin d’une algométrie, c’est-à-dire une science de la quantification de la souffrance, une sous-spécialité de l’algonomie. En gros, je pense que la quantité de souffrance sur terre a été plus ou moins égale au cours du dernier million d’années. Je ne peux pas regarder l’état infernal du monde sans ce que j’appelle des lunettes de soudeur. Je me console cependant avec cette phrase lue dans Maus, où le père de Spiegelman, un survivant de l’holocauste, parle de son séjour à Dachau:  “Et c’est là que mes ennuis ont commencé”. C’était après qu’il ait vécu assez longtemps à Auschwitz!!!

 

Sentience Research: Vous dites que “toutes les grandes sphères de l’activité humaine traitent d’une manière ou d’une autre de la souffrance”, bien que ce ne soit pas leur principale préoccupation. N’est-ce pas là un paradoxe ou une contradiction?

Robert Daoust: Vous voyez une contradiction?

 

Sentience Research: Je veux dire que la souffrance est omniprésente dans les vies humaines (et chez les autres animaux aussi, bien sûr) et pourtant il n’y a guère eu d’humains qui ont entrepris de mettre fin à la souffrance. Il semble que la plupart d’entre eux l’acceptent comme un mal nécessaire ou inévitable.

Robert Daoust: Oh, oui! Avant la science newtonienne, on pouvait s’occuper de la gravité, mais seulement jusqu’à un certain point. Il faut beaucoup de réflexion abstraite pour dépasser l’évidence et commencer à découvrir ce qui peut être fait d’autre, comme aller sur la lune. Ce n’est qu’avec l’avènement d’une nouvelle psychologie scientifique au 21e siècle, je crois, que nous commencerons vraiment à comprendre comment échapper à la gravité de notre condition de souffrance.  J’ai également remarqué que, par définition, pour ainsi dire, plus quelque chose est ressentie comme nécessaire, plus il est difficile de l’obtenir. C’est parce que, je suppose, nous sommes dans un monde où chaque entité est en concurrence avec les autres pour sa propre construction, sa propre croissance. La concurrence cède la place à la coopération lorsqu’un niveau d’activité est dépassé de manière inattendue par un autre niveau d’activité, comme cela s’est produit tout au long de l’histoire de l’évolution biologique, et de l’évolution humaine également. Cela explique peut-être, mais pas très clairement, désolé, pourquoi il est si difficile de trouver de la collaboration pour des projets comme le mien…

 

Sentience Research: L’idée d’une discipline qui a pour objet principal la souffrance, l’algonomie, est quelque chose qui a mûri en vous depuis de nombreuses années. (Elle est dans votre tête depuis 1975 au moins!) Comment a-t-elle évolué depuis lors? Quels sont les défis de ce projet?

Robert Daoust: Ça n’a pas beaucoup changé. Au début, je l’ai appelé l’algologie. Au cours de la décennie suivante, j’ai passé mon temps dans les bibliothèques à chercher des ouvrages ou bien des domaines d’études qui existeraient déjà avec le même esprit que l’algonomie. Hélas, et à ma grande surprise, je n’ai pas trouvé grand-chose. En 1986, j’ai produit un résumé ou un plan de travail, L’organisation générale contre les maux, et vers 2000-2005 une Introduction à l’algonomie. Je dois dire qu’au tout début, déjà, j’avais le sentiment que si l’idée était aussi bonne qu’elle le paraissait, il me faudrait à peine deux semaines pour trouver beaucoup de gens intéressés! J’ai encore et toujours un sentiment comme celui-là. La dernière tentative que j’ai faite remonte à 2019, alors que j’ai proposé de créer un Institut d’algonomie: voyez-vous, c’est facile, il suffit de trouver 10 millions de dollars auprès d’un philanthrope milliardaire! Bien sûr, cela non plus ne s’est pas réglé en deux semaines – peut-être simplement à cause d’un manque d’audace, car aucune demande finalement n’a jamais été faite pour obtenir les dix millions.  Créer une nouvelle discipline consacrée à la souffrance comporte de nombreux défis, mais je prédis que si nous arrivions à la faire décoller, elle démontrerait sa capacité à épargner des souffrances et cela lui assurerait un développement rapide et durable. Parfois aussi, cependant, je pense que tout ça n’est peut-être que l’illusion de toute une vie… mais c’est un pari, une gageure: puis-je imaginer une façon plus valable d’utiliser mon temps?

 

Sentience Research:  “Souffrance”, “douleur”, “valeur négative”, “valence négative”, “qualia négatifs”, “désirs insatisfaits” et “préférences frustrées” sont des termes concurrents parfois utilisés de manière ambiguë. Quel est votre terme préféré? Utilisez-vous des définitions différentes?

Robert Daoust: Mon terme préféré est “désagrément”, que j’ai retenu de mes études en science de la douleur, où il est utilisé pour distinguer les différentes composantes de la douleur physique, tel “l’aversion” (“ne pas vouloir” est différent de “ne pas aimer”, cf Berridge) ou “la souffrance” (détresse psychologique secondaire ou tertiaire). Vers 2006-2010, j’ai écrit la majeure partie de l’article de Wikipédia sur la souffrance (en anglais), et notamment la section sur la terminologie. Soit dit en passant, même cet article, qui est régulièrement consulté, n’a pas suscité beaucoup de collaboration pour son édition, ce qui est dommage.

La terminologie relative à la souffrance est extraordinairement confuse. Cela révèle que dans notre culture la souffrance constitue un scotome. Un des premiers services rendus par l’algonomie serait d’adopter une terminologie technique universelle. Peut-être la souffrance serait-elle appelée “algo”. Alors… personnellement, je n’utilise qu’une seule définition de la souffrance: c’est un ressentir (un feeling) désagréable. Je trouve intéressant de parler de valence négative, mais celle-ci se produit très souvent sans désagrément, il me semble, comme quand par exemple un esprit curieux se rend compte qu’il lui manque une information: cela peut être ressenti comme quelque chose ayant une valeur négative mais qui est tout de même agréable en tant qu’élément d’une plaisante activité d’exploration. Le plaisir et la souffrance ne sont pas les seules valeurs qui existent, à mon avis, loin de là. Il serait désastreux de stopper toute souffrance, ou de promouvoir tout plaisir, s’il s’avérait qu’une part de souffrance est indispensable, ou qu’une part de plaisir constitue un obstacle, en vue d’atteindre quelque chose de plus grande valeur.

Un autre service de l’algonomie, qui apportera de la clarté dans ce sujet complexe, sera de fournir une taxologie de la souffrance, un outil de collecte et de classification des informations concernant “les types de souffrance, les personnes ou les animaux qui souffrent, les causes de la souffrance, les personnes et les organisations qui provoquent la souffrance, les solutions ou les stratégies relatives à la souffrance, les personnes et les organisations qui contribuent à arrêter ou à prévenir la souffrance excessive, les documents pertinents pour l’étude systématique de la souffrance”, etc.

 

Sentience Research: Que pensez-vous de la nature de la souffrance: pourquoi souffrons-nous et comment une expérience consciente est-elle possible en premier lieu?

Robert Daoust: En fin de compte, la nature de la souffrance ou de la sentience dépend de la nature de ce qui existe au niveau le plus fondamental, par delà nos connaissances actuelles. Nous sommes donc amenés à nous demander ce qu’est ce monde et quelle est sa valeur. Philosophiquement, je prends le parti de la santé mentale. Je crois et j’espère que l’inconnu sera connu un jour et, surtout, qu’il ne sera pas “trop” mauvais: selon toute vraisemblance, il n’y a pas d’enfer éternel ou quelque chose de pire encore. Mon point de vue est que nous vivons dans l’univers décrit par la physique moderne, qui est constitué de matière-énergie ou d’ondes-particules. La science contemporaine est en train de découvrir comment la sentience émerge de la matière-énergie, et à partir de là elle va comprendre beaucoup mieux ce qu’elle est elle-même et ce que sont les concepts qu’elle utilise comme l’espace-temps, la matière-énergie, les objets mathématiques, les objets linguistiques, etc.

 

Sentience Research: Avez-vous tiré des conclusions concernant l’explication la plus probable de la nature de la souffrance et de la conscience en général?

Robert Daoust: Pour ce que ça vaut, je pense que j’ai une perspective unique dans le domaine de la recherche psycho-scientifique car je suis un chercheur indépendant autodidacte, spécialisé dans un sujet, la souffrance, qui n’a pas été systématiquement abordé jusqu’à présent dans le cadre d’une discipline scientifique moderne. La discipline pertinente la plus proche que j’ai pu trouver dans le monde académique est la science de la douleur. Par chance, l’Université McGill, dans ma ville natale, a hébergé peut-être le meilleur centre de recherche sur la douleur, et j’y ai passé beaucoup de temps pour y apprendre plein de choses.

J’ai quelques certitudes: 1) le tronc cérébral est plus essentiel à la conscience que le cortex ; 2) l’émergence de la conscience dépend des champs d’ondes électromagnétiques générés dans le cerveau, plus que des calculs effectués par les neurones ; 3) la solution au difficile problème de la conscience nécessite une explication au bon niveau d’émergence, le niveau psychologique, mais basée sur les niveaux plus anciens décrits par la biologie, la chimie, la physique.

L’expérience consciente est rendue possible par l’évolution grâce à l’avènement de systèmes complexes de cellules spécialisées dans les impulsions électriques. Ces impulsions représentent des activités sensorielles, motrices ou associatives inconscientes. Malgré leur sophistication, les insectes se comportent “probablement” sans conscience, grâce seulement à leurs réseaux neuronaux d’apprentissage profond. Mais chez les vertébrés et certains invertébrés, les représentations électromagnétiques deviennent si nombreuses et si bien reliées entre elles qu’elles forment un ensemble, un champ d’ondes complexe où peut prendre forme un théâtre de valeurs signifiantes: les qualia constituent des courants d’interrelations où ils signifient-et-valent quelque chose l’un pour l’autre, au sein d’un “récit”.

Je suppose que la partie “valeur” a son substrat physique dans des forces d’attraction et de répulsion prenant diverses configurations symétriques et dissymétriques. La partie “signification” dépend des calculs neuronaux et ne peut pas être consciente sans sa contrepartie “valeur”. Nous souffrons parce cela contribue à la survie. Les tendances évolutives les plus fondamentales sont l’entropie et la néguentropie, c’est-à-dire la dé-struction et la con-struction. Une simple cellule bactérienne, par exemple, subit une tension qui l’amène vers un nutriment ou l’éloigne d’une menace. Dans un organisme composé d’un milliard de cellules comme le nôtre, un système spécialisé est à l’œuvre et contribue à la -struction.

 

Sentience Research: Selon vous, quelle est l’étendue du “nous”, lorsque nous parlons de nous tous, les êtres conscients qui souffrent?

Robert Daoust: Mon sentiment est qu’en fait, il n’y a pas de “je” qui ressent. Chaque souffrance est une instance de conscience indépendante. Le “je” en tant que propriétaire de la conscience est une illusion, mais socialement, il représente un agent fictif commode, souvent amplifié par l’identification à divers “nous”. Techniquement, l’expérience, le contenu de l’expérience et le sujet de l’expérience sont tout simplement une seule et même chose (voir Strawson). La conscience, j’aime à le dire, est ce qu’on ressent quand on est un champ d’ondes électromagnétiques dans certaines circonstances appropriées. Donc… l’étendue de la conscience, pour autant que nous puissions le dire, serait qu’elle est apparue sur terre il y a des millions d’années, elle est probablement apparue aussi en d’innombrables endroits ailleurs dans l’univers, et dans un avenir lointain elle émergera probablement dans toute la matière-énergie qui peut être utilisée à cette fin.

C’est pourquoi l’antinatalisme, le nihilisme, le désespoir sont inutiles comme solution. Plutôt que de compter sur la fin des espèces malfaisantes comme la nôtre, nous ferions mieux de compter sur la part d’ange en nous et de faire ce que nous pouvons pour organiser durablement l’allégement de la souffrance.

 

Sentience Research: Pensez-vous que la souffrance puisse être quantifiée? Comment mettre en relation l’intensité de la souffrance avec le nombre d’individus touchés? Comment décider d’agir sur un cas de souffrance plutôt que sur un autre lorsque le nombre d’individus touchés et l’intensité de leurs souffrances sont différents dans les deux cas?

Robert Daoust: Oui, quantifier la souffrance n’est pas impossible, comme beaucoup le disent, mais ce n’est pas aussi facile que d’autres semblent le penser. L’algométrie est une discipline incontournable, à part entière, pour laquelle j’ai fait ces Notes préparatoires pour la mesure de la souffrance. J’invite les lecteurs intéressés à consulter ce document. Il faudra plusieurs millions de dollars pour démarrer sérieusement l’algométrie en tant que sous-discipline de l’algonomie.

 

Sentience Research: Dites-nous-en plus sur la situation actuelle de l’Algosphère. Comment cela fonctionne-t-il et qu’en attendez-vous? Quels sont les obstacles à la réalisation de ses objectifs?

Robert Daoust: L’Alliance Algosphère fonctionne depuis sept ans maintenant. Elle invite tout le monde à se rassembler et à faire en sorte que la souffrance soit désormais assiégée, encerclée, approchée de toutes parts… Une cinquantaine de personnes sont devenues des alliés, et une centaine d’autres se sont inscrites sur le site. Six organisations sont également des alliés. C’est un début lent mais solide. L’une des principales composantes de l’Alliance est sa plate-forme de collaboration, où chacun fait ce qu’il trouve intéressant. Diverses choses s’y développent, la plupart du temps de manière souterraine. Depuis avril dernier, un grand remaniement de l’Algosphère est en cours, avec un comité de cinq personnes qui travaillent fort. L’objectif est de repenser l’ensemble du fond et de la forme afin de faire comprendre au grand public ce qui se passe dans l’Algosphère. Plus de nouvelles à ce sujet bientôt… Nous pensons qu’au cours de ce siècle, grâce à nos alliés, la souffrance deviendra une priorité pour la plupart des gens sur cette planète, lorsqu’il s’agira de prendre des décisions importantes, collectives ou individuelles. S’il y a un obstacle à la réalisation de cet objectif, c’est bien le défi du changement culturel: comment les cœurs et les esprits peuvent-ils s’impliquer dans une opération collective globale pour freiner le phénomène de la souffrance? Des plans sont mis en place, espérons qu’ils fonctionneront bien.

 

Sentience Research: Quelles sont les stratégies pour abolir la souffrance, et que pouvons-nous faire aujourd’hui en tant que mouvement?

Robert Daoust: Les stratégies ont été exposées par David Pearce dans son chef-d’œuvre The Hedonistic Imperative. En résumé, nous devrions étudier les facteurs biologiques ou génétiques qui sont à l’origine de l’apparition de la souffrance et, à partir de là, nous devrions construire un meilleur arrangement des composants cellulaires ou sous-cellulaires de notre psyché. En attendant, une action sociale et politique peut également être nécessaire, bien qu’insuffisante, pour atteindre l’objectif. La voie à suivre est relativement claire et simple, bien qu’elle soit semée d’embûches. Le principal obstacle pourrait être un effondrement de la civilisation causé par l’un des risques existentiels qui nous menacent. Un autre obstacle pourrait être que la souffrance constitue une partie indispensable du fonctionnement normal et libre de la conscience: nous pourrions construire des organismes qui ne ressentent aucune souffrance, mais à mon avis, si leur comportement n’était pas techniquement restreint, ils s’autodétruiraient, en raison de la volonté de puissance néguentropique inhérente qui amène chaque entité à faire tout son possible pour se con-struire. Dans un organisme conscient, le régulateur ultime est la souffrance insupportable. Pour surmonter cet obstacle, il faudrait nous assurer que la résurrection à volonté soit possible, que les êtres conscients libres-et-non-souffrants soient immortels.

En tout cas, chacun de nous qui réalise l’importance de contrôler le phénomène de la souffrance peut agir par le biais des différentes organisations axées sur la souffrance qui sont apparues récemment:

Et tous ceux d’entre nous qui comprennent la valeur de la synergie peuvent se joindre à l’Alliance Algosphère. De nombreux autres projets restent à mettre en place, par exemple:

  • Encyclopedia of World Problems and Human Potential: nous devons exploiter cette ressource cruciale au niveau le plus général pour améliorer notre monde.
  • Toward an Institute of Algonomy: nous ne pouvons pas aller loin sans une telle base institutionnelle pour la connaissance systématique, la bibliographie, la taxologie, l’algométrie, l’analyse stratégique, etc.
  • “Alléger ma souffrance”: il s’agit d’un projet, chez Algosphère, d’un centre d’information et de ressources pour répondre aux demandes des individus.
  • Algomedia: il s’agit d’un autre projet d’Algosphère concernant l’utilisation de toutes sortes de médias pour populariser les nouvelles et les activités axées sur la souffrance.
  • Projet de stratégie globale: ce projet est encore à développer, il concerne la jonction de divers groupes, comme l’altruisme effectif, le bouddhisme, la recherche de la compassion, etc. autour d’une sorte de programme politique.
  • Équipes d’action pour une minimisation organisée des souffrances inacceptables: il s’agit d’une version récente d’un projet que j’essaie de mettre en place depuis des décennies afin de lier l’action pratique directe et le contrôle systématique de la souffrance.

 

Sentience Research: Y a-t-il encore quelque chose à dire? De quoi d’autre devrions-nous parler dans cette entrevue pour faire un tour complet de vos pensées et actions les plus importantes?

Robert Daoust: La foi en Dieu a été importante pour moi jusqu’à l’âge de 17 ans. Je voulais devenir un saint, et un prêtre. J’ai perdu la foi, principalement à cause de l’idée absurde d’un enfer éternel créé par un père infiniment aimant. Aussi parce que la science moderne explique le monde d’une manière plus sensée. J’ai été particulièrement impressionné par un livre lu en 1966, Les prodigieuses victoires de la psychologie moderne. J’ai essayé de retrouver une sorte de foi jusqu’à la mi-trentaine, en étudiant les religions orientales et la parapsychologie, avant de conclure que rien, dans ces domaines spirituels, ne résiste à l’examen. Aujourd’hui, je crois qu’il y a plus de choses dans la matière matérielle que ce dont rêvent les philosophes et les mystiques.

Bientôt, je vais rencontrer des collègues que j’ai connus à l’école il y a environ 55 ans. Je me rends compte que j’étais un enfant pauvre quand j’étais étudiant, et que je suis resté pauvre toute ma vie, que j’ai suivi sans trop m’en apercevoir le vœu de pauvreté. Je n’ai pas eu d’enfants. Ça a été long avant que je rencontre des filles, dans ma vingtaine. J’ai été pour de bon dans un couple entre 44 et 69 ans. Heureusement, sur le plan intellectuel, financier, social et émotionnel, mes frères et sœurs ont tous été une bénédiction pour moi, et la plupart de mes amis les plus chers aussi. Mon principal problème dans la vingtaine, à part trouver une femme et un dieu, était de trouver une carrière. J’ai finalement opté pour être un “penseur”, parce qu’être philosophe ou écrivain était trop exigeant pour moi. Et j’ai visé de découvrir quelque chose, parce que c’est le travail le plus efficace que l’on puisse faire: par exemple, en tant que potier vous pouvez fabriquer un certain nombre de pots dans votre vie, mais en tant qu’inventeur de la machine à fabriquer des pots vous en produisez incomparablement plus en fin de compte .

Je ne crains vraiment qu’une chose: qu’il y ait un enfer éternel, ne serait-ce que pour un seul être conscient. Je ne peux pas supporter cette pensée plus de quelques secondes. Je crois qu’il y a un aspect fondamental de la vie humaine qui se rattache à cette crainte: chaque individu rencontre la souffrances insupportable, en tant qu’enfant par exemple quand on met la main sur le brûleur de la cuisinière, mais plus tôt aussi, probablement en tant que nouveau-né ou même en tant que fœtus. Découvrir la souffrance insupportable est incroyablement et très fondamentalement traumatisant. Non seulement nous ne pouvons pas faire ou avoir tout ce que nous voulons, mais nous pouvons aussi être accablés par quelque chose de terrible, capable de nous faire souffrir indéfiniment. Donc, nous sommes tous atteints du syndrome de stress post-traumatique. Et c’est si terrible que nous devrions l’oublier, n’est-ce pas? Qu’est-ce qu’il y a à la télé ce soir?

Néanmoins, il y a d’autres choses importantes dans la vie à part la question de la souffrance: tout cela que nous aimons. J’ai retenu de mon éducation religieuse que nous appelons sacré ce que nous aimons vraiment, c’est-à-dire ce que nous voulons sain, entier, bien con-structuré plutôt qu’affreusement dé-structuré. J’aime ceux qui me sont proches et chers, j’aime la science et la connaissance, j’aime la beauté et le plaisir et le pouvoir glorieux si je le crois bénéfique, et j’aime les forêts, les montagnes, les lacs, les rivières, les mers et les cieux…

 

Sentience Research: Merci beaucoup Robert, ce fut un plaisir.

Robert Daoust: Merci de m’avoir donné l’occasion d’exprimer mes pensées, le plaisir était pour moi aussi.

An empirical investigation of hedonistic accounts of animal welfare

“Many scientists studying animal welfare appear to hold a hedonistic concept of welfare -whereby welfare is ultimately reducible to an animal’s subjective experience. […] analysis showed welfare judgments depended on the objective features of the animal’s life more than they did on how the animal was feeling: a chimpanzee living a natural life with negative emotions was rated as having better welfare than a chimpanzee living an unnatural life with positive emotions. We also found that the supposedly more purely psychological concept of happiness was also influenced by normative judgments about the animal’s life. For chimpanzees with positive emotions, those living a more natural life were rated as happier than those living an unnatural life. Insofar as analyses of animal welfare are assumed to be reflective of folk intuitions, these findings raise questions about a strict hedonistic account of animal welfare. More generally, this research demonstrates the potential utility of using empirical methods to address conceptual problems in animal welfare and ethics.”

https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371%2Fjournal.pone.0193864

Andrés Gómez-Emilsson on Logarithmic Scales of Pleasure and Pain: Rating, Ranking, and Comparing Peak Experiences Suggest the Existence of Long Tails for Bliss and Suffering

I briefly explain that while some distributions (e.g. the size of the leaves of a tree) follow a Gaussian bell-shaped pattern, many others (e.g. avalanches, size of asteroids, etc.) follow a long-tail distribution. Long-tail distributions have the general property that a large fraction of the volume is accounted for by a tiny percent of instances (e.g. 80% of the snow that falls from the mountain will be the result of the top 20% largest avalanches).

I then explain that based on previous research we have conducted at the Qualia Research Institute we have arrived at the tentative conclusion that the intensity of pleasure and pain follow a long-tail distribution. Why?

First, neural activity on patches of neural tissue follow log-normal distributions (an instance of a long-tail distribution).

Second, the extremes of pleasure and pain are so intense that they cannot conceivably be just the extremes of a normal distribution. This includes, on the positive end: Jhana meditation, 5-MeO-DMT peak experiences, and temporal lobe epilepsy (Dostoevsky famously saying he’d trade 10 years of his life for just a few moments of his good epileptic experiences). On the negative end, things like kidney stones, cluster headaches, fibromyalgia, and migraines top the charts of most intense pain.

And third, all of the quantitative analysis we conducted on a survey about people’s best and worst experiences showed that the ratings, comparisons, and rankings of such experiences was far more consistent with a long-tail distribution than a normal distribution.

I then conclude by saying that this is an *important*, *tractable*, and *neglected* cause.

1) Important because we may be able to reduce the world’s suffering by a significant amount if we just focus on preventing the most intense forms of suffering.

2) Tractable because there are already many possible effective treatments to these disorders (such as LSD microdosing for cluster headaches, and FSM for kidney stones).

3) And neglected because most people have no clue that pain and pleasure go this high. Most utilitarian calculus so far seems to assume a normal distribution for suffering, which is very far from the empirical truth. Bentham would recoil at the lack of an exponent term when additively normalizing pain scales.

I conclude by adding that in Effective Altruism there might be an implicit “youth” bias involved in the lack of knowledge of this phenomenon – due to the age of the people in the movement, most EA activists will not themselves have had intensely painful experiences. Thus, why it is so crucial to raise awareness about this topic in the community (it does not show up on its own). Simply put: because the logarithmic nature of pleasure and pain is *news* to most people in EA.

Video, Article, Presentation given at EA New York

The systematic approach to suffering by Robert Daoust

“The study of pleasure and pain belongs to the province of the political philosopher; for he is the architect of the end, with a view to which we call one thing bad and another good without qualification. ” – Aristotle, Nicomachean Ethics

The systematic approach to suffering will present a collection of lists, a series of enumerations as exhaustive as possible concerning suffering, causes of suffering, people and organizations who cause suffering, factors of difficulty in work against excessive suffering, ideas of strategy, solutions, people and organizations who contribute to solve excessive suffering, documents interesting the systematic approach to suffering, and many other lists.

All those inventories, mostly without precedent, call for a new type of gathering and classification work. And the interrelationships among all those elements will also call for new specialties. Moreover, it will be necessary to develop standardized procedures for measuring individual or collective suffering. Those measurements will be used to guide the work of prevention, reduction, suppression, eradication.

Such a wider and more precise mapping of the field will better inform us on what is occurring and where we should go, will better prepare us to react to the evolution of the global problematique (for instance, it would make it possible to detect and control the harmful consequences of certain solutions, or to use advisedly new shrewd tactics). It will make it easier for us to find our way through the abundance, the vastitude and the complexity of the subject.

The systematic approach to suffering proposes a general plan of solution to the whole problem of excessive suffering; it proposes which steps would lead to a global victory; it proposes a framework apt to accomodate all collaborations and to organize usefully their theoretical or practical contributions; it offers “an operational environment supporting the mutual reinforcement of the approaches and the projects of solution, too often isolated and vulnerable at present.

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Farmed Salmon May Be Depressed

Researchers find that growth-stunted farmed salmon show chronic serotonergic activity and do not respond to acute stress — a state that could be interpreted as depression.

In the vertebrate brain, serotonin mediated signaling is vital for several key physiological functions such as the body’s energy regulation, neural plasticity, behavioral and emotional control, and responses to stress. However, prolonged serotonin activation is associated with chronic stress and stress-induced pathologies in mammals. Such states include depression-like behaviors. This paper represents the first physiological data, showing that growth-stunted commercially farmed salmon have elevated serotonergic activity; what’s more, this is determined as the main characteristic of the growth-stunted phenotype. Compared to healthy fishes, these salmon are suggested to experience chronic stress. In fact, the researchers show that the fishes’ brains are not responsive to additional acute stress, representing a classic example of when regulatory mechanisms are unable to react to further challenges, indicating a depressive state.

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The evilness of suffering

“I believe that most of us tend to underrate the evilness of suffering. The reason is that it is difficult for us, when not actually suffering, to recollect what suffering really is. We employ numerous psychological mechanisms to conceal from our consciousness the true nature or meaning of suffering, to falsify and deny it. We do this without renouncing the word, however. The word comes to designate, in our minds, only a faint copy or superficial image of the real thing; but having forgotten what the original is, we mistake it in the copy. We ascribe to “suffering” a certain gravity of evil; but it is slight compared to what we would ascribe to suffering itself, if we could only recall its true meaning.

[…]

The falsification of suffering is everywhere — in movies, in poetry, in novels, on the nightly news. Accounts of disaster routinely veer from a discussion of the agony and plight of the victims (which quickly becomes tiresome) to the description of some moving act of kindness or bravery. Often it is these descriptions that affect us the most and that provoke the greatest outburst of emotion. These are the images we often take away and that become our image of “suffering.” Suffering comes to be closely associated with stirring images of hope in adversity, acts of moral heroism and touching kindness, gestures of human dignity, sentiments of noble sympathy and tremulous concern, the comfort and consolation of tears. It turns into something beautiful. It becomes poetry. People begin to refer to “sublime suffering.” Suffering, in other words, becomes just exactly what it is not.”

– “Suffering and Moral Responsiblity” by Jamie Mayerfeld.

Source: Qualia Computing

The HHHHHMM (H5M2) Quality of Life Scale

“The HHHHHMM (H5M2) Quality of Life Scale provides guidelines for the assessment of a pet so that pet owners can maintain a rewarding relationship that nurtures the human–animal bond, while being confident that the pet is well enough to justify prolonging life. This Quality of Life Scale will relieve guilt feelings and engender the support of the veterinary team to actively help in the care and decision making for Pawspice patients. I feel that it is ethical to prolong a life worth living. On the other hand, I feel that it is not ethical to prolong death for our patients.”

The “Eternal-Playlist” thought experiment

Privileged beings (students) of the privileged species (human) at privileged time (XXI c.) and privileged space (Germany) ranked only 30% of the recent experiences as “worth living”.

The “Eternal-Playlist” thought experiment, by Thomas Metzinger:

“At Johannes Gutenberg University in Mainz, we began a first series of small pilot studies with a group of advanced philosophy students. We chose a signal-contingent, externally cued form of experience sampling. One tech-savvy student programmed an SMS server in such a way that, for seven days, it sent ten signals a day at random points in time to the participants, whose cell phones would then briefly vibrate. The participants’ task was to decide whether the last moment before the conscious experience of the vibration was a moment they would take with them into life after death. For many, the result was surprising: the number of positive conscious moments per week varied between 0 and 36, with an average of 11.8 or almost 31 per cent of the phenomenological samples, while at 69 per cent a little more than two thirds of the moments were spontaneously ranked as not worth reliving. If you are cued externally, it seems, less than a third of such experiential samples would have a chance of entering your very own “eternal playlist”.
[…]
in a second study we dropped the afterlife assumption and the “eternity condition”, replacing them with the following question: “Would you like to relive the very last conscious moment in this life?” Interestingly, under this condition only a little over 28 per cent of life moments were ranked as positive, while just below 72 per cent were considered not worth reliving

Source:
https://www.blogs.uni-mainz.de/fb05philosophieengl/files/2013/07/Metzinger_Suffering_2017.pdf